Qui l’eût cru…? Un bas de nylon garantit notre retour à la maison à Oaxaca!

Une invitation au cœur des traditions — Los Quinze años
29 octobre 2020
Juste pour vous avertir que cet article risque d’être un petit long. Préparez-vous à rire, à soupirer, à pleurer, à être complètement dépassé et j’en passe. Car ce que Bernard, Myco et moi avons vécu dernièrement nous en a fait voir de toutes les couleurs. Ce qui nous a permis d’en rire, c’est le pouvoir de l’autodérision, mais plus encore d’avoir été ému jusqu’aux larmes face à toutes les personnes qui nous ont chaleureusement aidés. Leurs simplicité, valeurs et joie de vivre désarmante nous ont inspiré à raconter cette histoire… Le court vidéo qui suit, vous résume, en un clin d'oeil notre aventure!
Tout a commencé lorsque nous étions à la mer. Nous avions loué, pour la mi-janvier, un petit appartement pour 5 semaines à Zipolite. Nos hôtes, Estaban et Veronica (et leurs trois enfants et trois chiens) étaient tout simplement charmants. Jeune famille très travaillante, ils ont économisé pour pouvoir bâtir sur une période de six ans, une maisonnette à deux étages, qu’ils louent pour du court terme. Maisonnette super bien faite, en brique, bois, tiges de bambous, belle fenestration, douche et cuisine moderne, lit confo… bref un joli paradis. Toujours là pour s’assurer qu’on était bien. Et croyez-moi, nous l’étions. Nous travaillions pendant la semaine, comme d’habitude, tout en profitant de la mer et de ses belles énergies le reste du temps.
Nous avons également fait une petite escapade d’un weekend en camping, à bord de « Mini Merci la vie », à Puerto Escondido. Sur le chemin, notre camper van a commencé à être malade. Des lumières s’allumaient et s’éteignaient sur le tableau de bord, mais sans plus. Bernard croyait que c’était un petit problème électrique, dû à l’humidité de la côte. On ne s’est pas trop inquiété, car on roulait bien. En arrivant au village, nous avons trouvé une cour à l’arrière d’un hôtel pour y passer deux jours/nuits. Betty, charmante proprio, s’est assuré que l’on ne manque de rien. Belle marche sur la plage, baignade, boogie-woogie, bouffe locale... bref nous étions vraiment heureux de notre petite vacance.
 
Avant de quitter, nous avions décidé d’aller faire un tour en ville. On ramasse tout notre équipement et quittons. Les lumières se remettent à clignoter sur le tableau de bord… mais rien de grave. On arrête pour un super lunch avec de succulents tacos aux poissons croustillants. Avec nos bedons bien ronds, on reprend finalement la route pour revenir à Zipolite avec environ 90 minutes de route à faire.
 
À peine 30 km de parcourus, qu’encore une fois, notre tableau de bord à l’air d’un sapin de Noël. Mais, avec en plus, un autre problème : le moteur commence à donner des coups, associés à une perte de puissance. Bernard ralentit, ça semble se calmer. Peu de temps après, ça recommence, avec encore plus d’amplitude, au point ou l’on doit s’arrêter sur le bord de la route, car on n’avance plus. Bernard ouvre le capot (et non, il n’a pas ouvert aucun bouchon interdit) pour vérifier l’ordinateur de bord. Là où beaucoup de fils électriques se terminent. Il regarde à l’intérieur de la boîte et constate qu’une des petites « pin » est brisée… il y a aussi beaucoup de corrosion. Il nettoie du mieux qu’il peut, revérifie que les fils sont bien connectés, ferme le capot. Il redémarre le moteur… et il part!

Pendant un autre 15 km, on roule lentement, mais encore avec les lumières et le moteur qui soubresaute. Pour finalement se ranger du côté de la route, à l’ombre, car il doit faire au moins 35 degrés. On devra attendre une heure et demie, avant que le moteur veuille bien repartir. Bernard croit que la chaleur peut être une cause possible. On roule un autre 20 km à 30 km/h… avec le même scénario. Nous sommes rendus au trois quarts de notre destination. La noirceur tombe. Bernard et moi nous regardons. On a envie tous les deux de pleurer. Car il faut bien se rendre à l’évidence : « Mini merci la vie » va de mal en pire. Gros découragement. On décide d’attendre une autre heure avant de repartir. Question que le moteur se refroidit. Je pense aussi que la dernière portion du chemin qu’il nous reste à faire comporte des pentes abruptes et beaucoup de courbes. Bernard essaie de repartir, et c’est après 4-5 essais que finalement le moteur rugit. On roule dans la noirceur, 20km/h avec notre batterie qui s’affaiblit, donc pas de phares. J’actionne les feux de hasard quand une auto nous croise.
 
Malgré tout, on avance, jusqu’à cette foutue grosse côte à grimper. Jamais « Mini » n’a voulu la monter. Dans la jungle, dans le milieu de nulle part, noire comme ça ne se peut pas, la camionnette est en plein milieu de la route, sans phares. Bernard descend et installe nos triangles orange réfléchissants. Il fait signe aux voitures, avec sa lampe de poche, de procéder lentement. Je dis à Bernad : on ne peut pas rester ici, ce n’est pas sécuritaire, il pourrait arriver un accident. Alors il part, chercher un endroit, où l’on pourrait garer un peu mieux « Mini ». Il revient au bout de 10 minutes. Il me dit : ok, j’ai trouvé, mais on devra reculer dans le noir, pour environ 1 km. Oh la la!!! Pas de moteur, pas de freins, pas moyen non plus de tourner le volant facilement. Je prends le volant, Bernard me donne ses directives pour freiner avec l’embrayage des vitesses et le frein à main, puis me guide dans le noir à reculer. La chance est avec nous, très peu de voitures nous croisent. On réussit à garer dans une entrée large, faisant face à deux grandes portes/barrières en fer forgé. On décide de camper pour la nuit. Il y a des chiens qui jappent autour de nous. Je prépare rapidement notre couchette, range le matériel pour qu’on soit confortable. Nous sommes tous les deux complètement brulés de fatigue, de stress. Myco garde le « fort » pendant qu’on sombre dans un sommeil profond.
Vers 6 h du matin, on se réveille. Tout est calme autour de nous. Notre batterie indépendante, qui est reliée au solaire, a encore assez d’énergie pour qu’on puisse se faire du café. Puis, un jeune homme, Fabio ouvre les barrières et vient vers nous avec 4 gros chiens. Il nous parle doucement en espagnol, et rapidement constate notre accent, et continue en anglais. On lui explique ce qui se passe. Spontanément, Fabio nous offre son aide. Il est proprio de « cabanas » qu’il loue, et nous invite dans sa maison pour qu’on puisse avoir accès à l’internet, car nous étions dans une zone sans aucune connexion.

On texte Estaban pour l’avertir de notre mésaventure. On lui demande s’il peut nous aider à trouver une dépanneuse plate-forme pour nous ramener à sa maison. Bien sûr qu’il répond, mais j’ai besoin d’un peu de temps. Estaban travaille aussi toute la journée, avec sa femme, il roule une « lavanderia » (buanderie).

Fabio nous répète qu’on peut rester chez lui aussi longtemps qu’il faudra. Il est si gentil. Bernard et moi discutons et en venons à prendre la décision que je retournerai en collectivo (autobus collectif : pick-up avec boîte arrière) jusqu’à la maison Zipolite pour trouver de l’aide avec Estaban.

Me voilà dans le collectivo, à me faire brasser le bataclan pendant 45 min. Puis une petite marche de 15 minutes et je suis devant la maison – enfin! Estaban me voit et vient tout de suite m’offrir son aide. On convient de partir en ville à Pochutla, pour chercher un mécano de diésel (car « Mini » roule au diésel) pour le ramener avec nous afin qu’il diagnostique le problème. Après avoir arrêté dans 4-5 garages, on constate qu’il n’y a pas vraiment de spécialiste de moteur diésel. Alors on trouve un mécano « gaz », Nestor, qui veut bien nous suivre jusqu’à « Mini Merci la vie », moyennant une contribution $.

Lorsqu’on arrive enfin, Bernard avait attendu sagement mon retour, pendant 3 heures. Le mécano installe son scanneur sur le moteur, et détecte rapidement un problème sur l’ordinateur de bord. Il ouvre le boitier, et test les fils. Et constate-lui aussi, que la « pin » défectueuse, semblerait être la coupable de nos tracas. Il nous offre de commander la pièce. Rapidement, il estime environ autour de 10,000 à 15,000 pesos de frais (650-1000 $ CAD). On lui dit de commencer à chercher si cela peut être possible de commander la pièce. Il mentionne que cela pourrait prendre jusqu’à deux semaines avant d’avoir la pièce.

En mois de deux, Bernard et moi prenons la décision, que l’on doit premièrement rapatrier « Mini » à la maison à Zipolite. Notre mécano, nous recommande un de ses amis, aussi mécano, qui a un Dolly (un genre de mini-remorque, où les deux roues avant du véhicule sont sur une mini plate-forme. On confirme par texte – il sera là pour 17 h. On ferme et barre la camionnette, et on repart avec Estaban à la maison, question d’aller prendre nos douches et de relaxer un peu.

À 16 h, Bernard repart avec Estaban pour aller rencontrer le monsieur au Dolly — on apprendra que son nom est « DeGaule », oui oui, comme le général qu’il nous dit! Je reste à la maison pour préparer un bon souper. Il est passé 19 h, lorsque je reçois un texto de Bernard. Le gars était en retard de 2 h. Finalement ils sont arrivés à la maison dans le noir total. Et garer la camionnette dans l’entrée d’Estaban représentait un beau défi. Après avoir poussé, tiré, et suez à grosses gouttes, on a réussi à installer « Mini » en sécurité.

On remercie tout notre monde autour de nous, puis on a pris une bouchée. On « brainstorm » sur les possibilités de faire réparer « Mini ». Les coûts, où, quand, comment? Et finalement on s’endort, morts de fatigue.
Dans les 3-4 jours qui suivront, la routine reprend son court. En même temps, j’écris à notre mécano diésel à Oazaca, Lazaro celui qui a installé notre nouveau moteur. On lui demande de commencer à faire des recherches pour remplacer l’ordinateur de bord, un prix pour faire remorquer aussi. Car notre mécano gaz, Nestor, est disparu dans l’univers – aucun contact radio. Lazaro, nous revient avec un prix pour une pièce neuve ordinateur de bord à près de 30,000 pesos (2000 $. CAD) — bien loin de la réalité de Nestor. Il nous apparaît de plus en plus évident qu’on devra rentrer plus tôt, et avec la camionnette.

On profite des derniers jours à la mer. On se fait de la bonne bouffe. On finalise nos recherches pour le remorquage, que finalement « DeGaule-Dolly » effectuera. Car la grosse compagnie de remorquage, qui nous offrait une plate-forme, en partance d’Huatulco, refuse de tous nous embarquer, et celle d’Oaxaca nous charge 24,000 pesos… et pour nous impossible de prendre un autobus avec Myco. Donc, on devra faire confiance, que tout ira pour le mieux en remorquant avec un Dolly.
Une journée avant le grand départ, je termine d’empaqueter nos bagages afin que la camionnette soit prête. Ensuite, notre dernier souper à notre resto préféré « Sal y Pimienta » à la plage, où l’on peut admirer l’un de nos plus spectaculaires couchers de soleil.
On se lève aux aurores pour prendre le temps de déjeuner et compléter notre voyage de retour. DeGaule nous a dit d’être prêts pour 7 h. Ben voyons, nous sommes au Mexique. Il est arrivé, avec son fils Adonaï et un ami (Daniel) à 9 h. Son véhicule, un gros Chevrolet Suburban 1998, moteur V8 et 4X4, nous remorquera, avec un Dolly. Ça prend environ 45 min. pour sortir la camionnette du stationnement (entrée en pente, et virage en U. Finalement à 9 h 45 on prend la route. Bernard, Myco et moi à l’arrière, et notre chauffeur et les deux garçons à l’avant.
En moins de 15 minutes, Bernard me dit : « le moteur du Suburban force beaucoup… pas sûr qu’on se rend ». Je soupire et décide de faire confiance. Sur la route, DeGaule salue en riant presque tout le monde. Ça se comprend, il est né ici. On trouve ça ben drôle. On arrête prendre de l’essence à la ville de Pochutla – tout va bien. On reprend la route, et on arrête à nouveau juste après 10 minutes. DeGaule nous invite chez lui. Il explique plein de trucs… mais il parle vite (tout en espagnol), et on ne comprend pas trop. Bref, sur le bord du chemin, on aperçoit son atelier de mécanique. Il nous indique de le suivre à l’arrière. On traverse une grande cour à scrapt, et dans laquelle la maison est nichée, avec une cuisine extérieure, douche, atelier de couture, et l’arche de Noë : poules, dindes, lapins, chiens, chats, etc.

Sa femme et sa fille nous accueillent chaleureusement. Angelita (sa fille de 13 ans) me montre tout ce qu’elle fabrique : blouses traditionnelles, bandeaux pour cheveux, sandales… et elle a un bon talent. Sa maman m’indique, qu’en plus de l’école, de l’aide à la maison, sa fille adore coudre. Je vois qu’elle a une belle machine Singer, comme ma maman. J’entre à l’intérieure de la maison, qui croule sous les tissus et vêtements qui traînent un peu partout. J’essaie une blouse, un bandeau qui me vont à ravir. Je lui achète pour 320 pesos. Angelita est si heureuse. Pendant ce temps, DeGaule termine de se doucher et s’habiller. Sa femme nous offre de bon cœur, un lunch succulent : tortillas de maïs maison, nappées de sauce tomates avec du fromage de la région. L’énergie est belle, on sent que la valeur familiale est précieuse. C’était vraiment un beau moment, qu’on n’avait pas vu venir.
 
On reprend la route. Nous avons 240 km à parcourir. Dans la jungle, route en spaghetti, montée en altitude vers Oaxaca Juárez qui est à 5500 pieds. On estime environ 7 h de route.

Le moteur de la Suburban rugi de plus en plus fort. Et après à peine 30 minutes de route, la transmission se met à glisser. Perte de puissance, moteur chauffe. On arrête en bordure de la route, près d’un petit marchand de fruits et café. De Gaule constate que malheureusement le véhicule ne sera pas assez fort pour nous remorquer. Bernard et moi nous regardons, incrédules. Mais, DeGaule nous dit : ne vous en faites pas, j’ai un autre camion qui lui est encore plus fort. Je vais envoyer mon fils, Adonaï le chercher, et d’ici une heure nous reprendrons la route. Bernard acquiesce en signe de réponse. On détache « Mini » du Dolly, et les deux jeunes garçons partent avec la Suburban vers la ville de Pochutla, pour la remplacer avec l’autre camion.

On est quand même bien. Il y a de l’ombre et une belle brise. On peut s’approvisionner avec ce que j’ai gardé dans la camionnette, plus il y a plein de fruits ici. Bernard achète du café en grain « La Pluma » qui est reconnu d’être l’un des meilleurs du Mexique. On voit DeGaule parler à tout le monde, cueillir des fruits, parler au téléphone. Bernard a même droit à un cours sur la torréfaction de café, donné par le proprio. On se questionne aussi, sur le camion : quel genre de véhicule ça sera? Après deux heures d’attente, toujours pas de nouvelles d’Adonaï. On en fait la remarque à DeGaule, qui s’empresse de rappeler son fils. On le voit gesticuler et puis il raccroche. Un ami avait emprunté l’autre camion. Son fils a mis beaucoup de temps à le retracer. Bon, finalement il nous dit qu’il sera là bientôt.
 
Eh oui, Adonaï est revenu… après 3 h d’attente. Et avec un camion. Vous auriez dû voir nos têtes, à Bernard et moi, devant le camion. Un pick-up Ford F150 datant de 1986. Avec plein de bois de foyer dans sa boîte arrière. Oh la la!!! Uno : Est-ce que le camion nous ramènera à la maison? Deux : où allions-nous nous assoir?

Pendant que DeGaule et les garçons réinstallent « Mini » sur le Dolly, je dis à Bernard que je préfère m’assoir dans notre camionnette avec Myco – car je m’y sentirai plus en sécurité. Bernard est d’accord. Finalement tout le monde est prêt à repartir. Les deux jeunes, dans la boîte, assis sur le bois, et Bernard avec DeGaule, dans la cabine avant.
Je suis complètement morte de rire dans la camionnette. Je me sens comme à « la Ronde » dans les montagnes russes. Je pourrais crier de peur à chaque virage, ou des coups de frein, ou quand un gros camion croise notre route. Ben non. Je ris. Je vois les jeunes qui rient aussi à l’avant, quand ils regardent dans ma direction. Je m’habitue doucement. Je prends même plaisir à admirer les splendeurs des montagnes. Malgré que j’entends le moteur du Pick-up rugir très fort, et que ça sent le gaz épouvantablement.
Après 30 minutes de route, le radiateur se transforme en geyser. On arrête. On remet 5 gallons d’eau dans le radiateur. On demande à DeGaule si ça va, et il nous répond en riant : « Gracias a me Padre de Dios »… à la grâce de Dieu. Car au Mexique, règle générale, personne ne semble s’empêtrer dans les tracas, ou encore stresser par ce qu’il pourrait bien arriver. Les Mexicains font tout simplement confiance que Dieu les protègera. Après tout, cela n’est pas plus mal. Alors Bernard et moi, avons, nous aussi, pris l’habitude de répéter durant ce long parcourt; « Gracias a me Padre de Dios »!

On reprend la route pour continuer à grimper en altitude. Environ toutes les 30 minutes, on arrête pour remettre de l’huile dans le moteur. Bernard a estimé qu’on a dû passer environ 5 litres d’huile. Mais, le plus important, c’était que le moteur tenait bon!

La nuit s’installe doucement. Il fait noir comme dans un vieux poêle. Normalement on ne conduit jamais la nuit au Mexique. Car on ne voit pas très bien toutes les « topes » (dos d’âne), les animaux qui traversent la route, etc. Mais DeGaule est heureux, car la nuit c’est plus frais, donc excellent pour le moteur. On parvient à faire un plus long bout de route sans arrêt, quand soudainement je vois que le pick-up n’a plus du tout de phares. Oh, intéressant me dis-je! J’active donc manuellement mes feux de sécurité à chaque passage de voitures. Après une longue montée, on s’arrête encore. Je reste dans « Mini », car il commence à faire drôlement froid dehors (8-10 degrés). Le capot grand ouvert, je vois s’activer tous les gars. Je dis à Myco… ça regarde pas bien! Bernard vient à moi et me dit : bon, ben je crois que le voyage s’arrête ici, la courroie de l’alternateur est brisée! Oh non! On se regarde un peu découragé. On est au beau milieu de nulle part, alors certainement pas le meilleur endroit pour trouver une courroie d’alternateur.
Je descends de la camionnette et je vais voir les gars. Ça gesticule, et ça parle vite. DeGaule m’explique qu’il faut trouver une solution. Puis je me souviens. Lorsque l’on avait fait réparer pour une xième fois « Mini Merci la vie », au Québec à l’été 2019, notre garagiste nous avait dit de surveiller notre courroie d’alternateur qui flancherait, mais il ne savait pas trop quand. Il m’avait alors fortement conseillé de garder une paire de bas de nylon opaque à bord. Il disait qu’on pouvait remplacer temporairement une courroie avec des bas de nylon. Suffisait de faire un double nœud dans les bas, et de mettre « cette courroie temporaire » en place.
Vivement, dans mon meilleur espagnol j’explique tout ça à DeGaule et à son fils, tous deux mécaniciens. Vous auriez dû voir leurs expressions – complètement incrédule! Puis ils partent tous à rire. Je regarde Adonaï, c’est la première fois du parcourt, qu’il laisse enfin de côté son côté réservé sérieux. Tout le monde rit de bon cœur. Mais attendez que dis-je, je suis certaine que j’ai encore ces bas de nylon à bord de « Mini ».

Je cours et entre dans la camionnette. Instinctivement, je sais exactement où les bas de nylon sont rangés, malgré tout le cafouillis à l’intérieur. J’ouvre un tiroir dans le noir, et glisse ma main sur le côté, et tâtonne à l’aveuglette. Ben oui! Les bas sont toujours là. Vivement je retourne voir les gars, en leur remettant fièrement mes bas de nylon. Oh la la, ça valait un million de dollars d’entendre le fou rire général. Adonaï prend les bas, mais ne semble pas trop savoir quoi faire avec. Je lui explique qu’il doit faire les nœuds, pour que ça ressemble à une courroie. Ha ha ha, il rit tout en s’exécutant. Il place la courroie de bas de nylon en place. Et DeGaule démarre le moteur. Hourrrrrrrra! Les bas de nylon tiennent le coup. Encore un plus grand fou rire nous reprend. Ça fait tellement du bien. On se regarde, et pour la première fois, je sens de la part des jeunes garçons, qu’ils nous aiment bien finalement.
On reprend encore la route, avec quelques arrêts ici et là, soit pour remettre de l’huile ou pour prendre une bouchée. Et finalement, vers 23 h on finit par sortir de la Sierra (la région montagneuse), pour voir poindre à l’horizon, la ville qui est à peu près à deux heures de route… s’il n’arrive pas d’autres pépins. Les bas de nylon tiennent toujours. Bernard décide de monter avec moi et Myco dans la camionnette – il s’endort. Moi ça va, je reste éveillé pour activer les feux de sécurité au besoin, car on ne peut pas allumer nos lumières de soir, notre batterie est presque mourrue.

Et avec le retour à la civilisation, viennent aussi les mille « topes ». À quelque reprise, DeGaule les voit arriver un peu trop tard, alors il freinait si brusquement, que le Dolly (et la camionnette, Bernard, Myco et moi, valsions d’un bord à l’autre de la chaussé…. Je retenais ma respiration qu’on ne frappe personne. Et à deux ou trois reprises, on a fait un vol plané sur les topes. Outch pour notre pauvre « Mini »! Bernard qui s’est réveillé me dit : Gracias me Padre de Dios on arrive bientôt!
Oui, je vous le dis, on finit pas arriver tout près du garage. Mais une autre fois, en se perdant un peu dans la ville, on se fait arrêter à 1 h 30 par les policiers. Ils se demandent bien qu’est-ce qu’on fait si tard dans les rues, surtout amanchés comme nous l’étions. DeGaule parlemente avec eux, montre ses papiers, tout est en règle. On repart pour arriver au garage de Lazaro. On se gare en face, car les barrières sont fermées, et on retire « Mini » du Dolly. Et puis on voit un gardien du garage venir à nous. C’est Tony, qui nous indique qu’on peut entrer à l’intérieur en poussant la camionnette.

On remercie chaleureusement DeGaule et les garçons, qui se dirigeaient maintenant chez de la famille pour y passer le reste de la nuit. Et bien sûr nous payons le tarif du remorquage avec un généreux pourboire (environ 10,000 pesos en tout – 675 $. CAD – c’était tout à fait convenable à nos yeux, surtout que lorsqu’on avait demandé une remorqueuse plate-forme d’Oaxaca de venir nous chercher, il nous chargeait 24,000 pesos!
En moins de temps qu’il n’en faut, je nous installe confortablement pour la nuit, car nous dormirons à bord de « Mini », au garage. Pas besoin de vous dire qu’à 2 h on s’est endormi bien vite. Vers 7 h 30, Lazaro, notre mécano et proprio du garage arrive avec du café chaud et des brioches. Ça pas de bon sang, comment on se sent choyés. Tellement une belle attention. On déjeuner gaiment avec Lazaro et Lady (une jeune fille qui travaille au garage), tout en racontant notre aventure. On rit beaucoup. Puis, Lazaro nous offre de nous reconduire à la maison avec tous nos bagages et équipements de camping.

On rentre finalement à la maison vers 10 h. On remarque que nos voisins ont bien pris soin de toutes nos plantes, que tout est impeccable. Nous sommes tous les deux super fatigués, mais on décide de tout ranger nos bagages, nourriture et boîtes d’équipement. Notre sieste du dimanche après-midi fut amplement méritée. Et pour le souper, mon Bernard est allé nous chercher de l’indien au p’tit resto d’en bas, pour festoyer la Saint-Valentin en amoureux. On jase pendant le souper, de tout ce qui est arrivé, et que malgré qu’on l’on n’est plus du tout confiance en notre camionnette, et que fort probablement que nous la vendrons, que la vie est belle. Nous sommes privilégiés d’avoir vécu cette aventure qui nous a enrichies de tellement de façon, surtout toutes les personnes qui ont croisé notre route ce jour-là, et qui ont touché nos cœurs. Merci la vie!

PS – Nous avons mis 17h pour parcourir notre route versus 7h que nous avions prévu. Et quand est-il pour le bas de nylon, après cette longue de journée… mystère et boule de gomme!

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